Pourquoi adapter son projet de médiation au public cible

Expertise des publics6 février 2025
Aurelie, mediatrice scientifique, lit un livre a un groupe d'enfants de 4 a 7 ans

“C’est quoi le plus important quand on mène un projet de médiation scientifique ?” Voici la question qu’on m’a posée lors d’une table ronde. Je n’ai pas cherché longtemps la réponse, j’ai opté pour la première information que je souhaite avoir lorsque je démarre un projet de médiation : à quel public s’adresse-t-on ? À mon sens, c’est la base sur laquelle l’ensemble du projet va se construire. Je vous explique tout ça !

Le projet de médiation existe PARCE QUE le public existe

Rappelez-vous votre cours de français de sixième : une situation de communication, c’est un émetteur qui adresse un message à un destinataire. Un dispositif de médiation scientifique entre exactement dans ce cadre.

Le message, c’est le support de médiation : un atelier scientifique, des panneaux d’exposition, un livret-jeu, etc. L’émetteur est le donneur d’ordre, celui qui souhaite transmettre les informations. Lorsque je crée un atelier pour le catalogue de Lumineux, je suis l’émettrice. Lorsque je travaille avec un scientifique qui souhaite vulgariser son domaine de recherche, c’est lui qui prend la place de l’émetteur.

Nous avons un émetteur, un message à transmettre… Il nous manque un destinataire ! Il est donc indispensable d’adapter un projet de médiation à son public : ce dernier est littéralement la troisième pièce indispensable de notre situation de communication. S’il s’agissait juste d’exposer des travaux de recherche scientifique dans le couloir d’un bâtiment désaffecté, il n’y aurait pas besoin de médiation !

Trois femmes d'âge mûr regardent une grande carte ancienne

Tout public peut être la cible d’un dispositif de médiation – pas seulement les enfants !

Adapter un projet de médiation à son public : déterminer la cible – puis travailler pour elle

Êtes-vous convaincu.e de la pertinence de penser d’abord au public ? Laissez-moi vous raconter des échanges que j’ai eus avec deux donneurs d’ordre différents.

Échange 1 : un projet, des ados… et le bac

Donneur d’ordre : Nous programmons un événement de trois jours pour vulgariser la recherche scientifique. Nous voulons faire sortir la recherche des labos, plusieurs scientifiques vont se prêter au jeu…
Moi : Super !
Donneur d’ordre : Nous souhaitons axer cet événement à destination des lycéens !
Moi : Génial !
Donneur d’ordre : Cet événement aura lieu le xx juin !
Moi : … 🤨
Donneur d’ordre : … ?
Moi : Donc 4 jours avant les épreuves du bac. En plein pendant les révisions des élèves que vous souhaitez viser.

Le donneur d’ordre n’en menait pas large : il avait défini une cible, mais l’avait en fait juste nommée, sans pousser plus loin la réflexion.

Échange 2 : des infos dans la poche

Donneur d’ordre : Nous travaillons sur un parcours de visite scientifique outdoor. Nous souhaitons mettre diverses catégories d’infos sur les panneaux *sort une liste de 10 items : texte, définitions, infos supplémentaires, etc*
Moi : A qui s’adresse votre parcours ? Qui est votre visiteur cible ?
Donneur d’ordre : *réfléchit* Les étudiants et étudiantes du campus !
Moi : OK, donc on peut estimer que votre visiteur cible a son smartphone à la main, ou au moins dans sa poche ! Est-ce que les définitions et les infos supplémentaires ne pourraient pas être accessibles via un QR code ? 😇

Ici, penser au public cible a permis d’améliorer largement la lisibilité des panneaux.

Conclusion

Ces deux exemples sont très parlants, non ? Dans les deux cas, le public était déterminé plus ou moins clairement, mais la réflexion s’arrêtait là. Or mentionner les mots « ados » ou « seniors » dans une note de cadrage, ce n’est pas suffisant. Adapter son projet de médiation à son public, c’est pousser plus loin la réflexion. Qui est réellement le public cible ? Quelles sont ses attentes, ses contraintes, ses habitudes ? Comment mon projet de médiation va-t-il lui être adressé ?

“Mais moi je veux m’adresser à tout le monde !” – ou le dilemme du couteau suisse

Un couteau suisse, c’est plein d’éléments pour toutes les situations : un tournevis, une pince, une fourchette… mais cela n’est finalement performant dans aucun domaine.

Je considère que “s’adresser à tout le monde” quand on démarre la conception d’un projet de médiation, c’est tout aussi risqué. Imaginer un atelier qui s’adresserait à tout le monde, cela voudrait dire cibler, en même temps et sur le même registre, des étudiants en science, un groupe d’enfants de 4 à 6 ans, des seniors…

Au contraire, c’est en pensant à un public précis qu’on crée des projets de médiation vivants, percutants, et qui résonnent vraiment chez les participants. Cela ne signifie pas l’exclusion des autres publics : on s’adressera à eux via un autre dispositif, ou une porte d’entrée différente. On ne leur interdit absolument pas l’accès au dispositif : ils en retireront toujours quelque chose, mais on porte notre message vers une cible précise.

Alors, la prochaine fois que vous lancez un projet de médiation, posez-vous cette question essentielle : à qui voulez-vous vraiment parler ?